• eip.bdp@gmail.com
  • "Fais de ta vie un rêve et d'un rêve une réalité" (Le Petit Prince)

France 3 Vidéo Les EHP du lycée Boucher de Perthes (21 septembre 2018)

video eipbdp

lien vidéo

Une (petite) histoire du dispositif-M.Consil (professeur référent)

Boucher de Perthes est une cité scolaire (LGT, LP et GRETA) de 11 hectares accueillant 2300 élèves encadrés par 240 enseignants dont des classes ULLIS (nous accueillons également des enfants de l’IME et participons activement à l’école inclusive).

 

Depuis la rentrée 2017, nous possédons un dispositif pour les élèves précoces qui sont 47 cette année.

 

En 2016, nous avons mis en place cette structure, madame Lamblin, proviseure-adjointe, et moi-même. Ce qui nous a motivé : une expérience douloureuse avec un élève de TS, brillant à l’oral, passionné par les sciences, au comportement atypique et surtout bien décevant dans ses productions écrites. Madame Lamblin avait remarqué que ce profil d’élève se faisait connaître au moment des conseils de classe sans que rien ne soit réellement mis en place pour les aider sinon une attention particulière et bienveillante des enseignants. La même chose se remarquait également au lycée professionnel avec plus d’acuité encore.

Nous avons réuni une équipe composée d’enseignants (2), de CPE (2), d’une documentaliste et avons commencé à prospecter. C’est à cette occasion que nous avons sollicité madame Derégnaucourt qui travaille au collège Arthur Rimbaud d’Amiens où une section « enfants précoces » existait depuis quelques années et dont elle avait été à l’initiative et pris la responsabilité.

Après de nombreuses réunions, nous avons déposé au PIA-Cardie notre projet avec l’espoir de recevoir une aide en HSE pour le faire fonctionner, ce qui nous fut accordé. Madame De Oliveira a accompagné nos premières démarches au PIA ainsi que madame Maitéreau du syndicat « Somme trois vallées ».

Notre projet s’inscrivait alors dans le plan national de « lutte contre le décrochage scolaire ». Nous demandions un certain nombre d’heures afin de financer la venue d’intervenants, du soutien, l’achat de matériel et des projets ponctuels de sorties pédagogiques notamment.

Nous motivions également notre demande par l’introduction d’une « jeune coop » dans le dispositif, concept qui nous avait été soufflé par un collègue travaillant au Québec.

L’autre pan de notre travail préparatoire consistait à nous rapprocher des établissements de notre bassin, la Picardie maritime (7 collèges) afin de nous faire connaître et, surtout, d’y présenter une information sur la précocité de telle sorte que les élèves puissent être rapidement identifiés et, si les familles en étaient d’accord, dirigés vers les psychologues de l’EN ou libéraux pour être soumis au WISC. La majorité de ces élèves n’est pas reconnue ! Nous avons proposé un document : les « clignotants de la précocité » aux chefs d’établissements et fait mention dans le document d’inscription au lycée d’une case « élève précoce » à cocher par les familles.

En Juin, le rectorat nous apprend que nous bénéficions à la rentrée 2017 de la création d’une demi classe de seconde supplémentaire et nous avons décidé d’y mettre les élèves inscrits au nombre de 12.

Notre projet a été très vite soutenu par un grand nombre d’inspecteurs qui nous ont toujours aidés et appuyés dans nos démarches. Il n’en demeure pas moins que l’année scolaire 2017-2018 est restée une année d’expérimentation, notre dispositif n’étant pas encore officiellement reconnu par le rectorat. La principale conséquence tient à son financement : le PIA et « Somme trois vallée » pour les HSE et, en complément, des heures attribuées par notre établissement. D’autre part, les 3 enseignants impliqués dans sa réalisation (Coralie, Julie et moi-même) oeuvraient en plus de leur service, à hauteur de 4 à 5 heures hebdomadaires.

 

 

La première année (2017-2018), nous avons accueilli 12 élèves en classe de seconde, la 213, associés à des élèves non EHP, au total 20 élèves. Les conditions de départ étaient idéales.

Les enseignants, tous volontaires, ont reçu une formation en fin d’année précédente avec m. André, formateur AFEP, nous venant de Vernon, dans le département de l’Eure. Pour le contenu, il a été fixé:

  • Une classe mixte
  • Des heures spécifiques dédiées à des ateliers : initiation à la philosophie, à l’astronomie, à l’histoire des sciences, à la « jeune coop », et une heure par semaine pour les rendez-vous avec moi.
  • Des sorties régulières dans le bassin (exigence du projet PIA) et en dehors.
  • La poursuite de projets aux objectifs clairement définis sous la responsabilité d’un enseignant au moins
  • Des intervenants ponctuels, par exemple 5 séances consacrées à l’écriture idéogrammatique et à la culture chinoise…
  • Un labo de maths « maths en jeans ».

Cela représente 5 heures hebdomadaires d’enseignement où le travail collectif est favorisé dans le souci d’apparier les élèves en fonction de leurs dispositions… sans autre évaluation que celles des compétences.

Nousavons associé les familles en correspondant régulièrement et en nous retrouvant au lycée pour des rendez-vous individuels et des réunions collégiales.

Très rapidement, la nécessité d’un lieu dédié à nos activités s’est imposée et nous avons cherché des financements pour ouvrir une salle de classe spécifique, la L 109, rendue disponible aux EHP chaque fois qu’ils le souhaitent et dont ils ont la responsabilité.

Au mois d’Avril, nous présentons notre dispositif aux « trophées de l’innovation » et remportons un prix qui nous fait connaître et surtout qui accélère sa reconnaissance auprès de l’institution. Il est placé sous la responsabilité de madame la rectrice, madame Brigitte Cormier, ainsi que de plusieurs inspecteurs, dont l’IA dasen, monsieur Hubac, mrs Level et Rossignol et plusieurs inspecteurs disciplinaires qui nous rendent régulièrement visite.

Pour l'année 2018-2019, nous faisons le choix d'étudier les demandes d’admission.

Tous les élèves inscrits passent en première, en série scientifique majoritairement, et en série littéraire pour deux d’entre eux. La rentrée 2018 accueille 35 élèves sur les trois niveaux bien que la classe de terminale ne soit pas encore officiellement associée au dispositif.

 

 

L’année 2018/2019 connaît quelques aménagements :

  • Un voyage programmé en décembre dans le cadre de notre atelier d’astronomie à l’OHP.
  • Une salle, la L 109, désormais opérationnelle
  • La mise en place d’un tutorat plus régulier
  • Le développement d’équipes éducatives sur le premier trimestre pour les questions de réorientation, d’approfondissement des connaissances, de soutien, d’allègement de l’emploi du temps. Ce volet est désormais central.

Le dispositif prend un tour plus rigoureux. Il est inscrit dans le projet d’établissement, est suivi par la hiérarchie, reçoit la visite de nombreux collègues en provenance d’autres académies. Il se structure administrativement.

Les ateliers s’étoffent et s’ouvrent aux séances d’arts plastiques notamment. Les contenus sont discutés avec l’ensemble des élèves. L’équipe s’agrandit et la formation se poursuit (AFEP et Cogito’z).

Nous sollicitons l’UFR de psychologie pour travailler avec nous, professeurs, doctorants et étudiants en master. Nous aimerions pérenniser ce travail commun.

Nous continuons à nous faire connaître par voie de presse, de radio et de télévision.

En fin d’année, nous examinons une cinquantaine de demandes d’affectation et en retenons 47 dont 40% sont hors secteur. Tout élève peut désormais s’inscrire chez nous sur simple demande dérogatoire. Nous multiplions également les bancs d’essai d’une semaine, non seulement en fin d’année scolaire, mais pendant toute l’année. Déjà 5 cette année pour des inscriptions en cours d’année ou en seconde à la rentrée prochaine.

 

 

Les nouveautés pour l’année 2019-2020 : l’an passé, les ateliers étaient distribués par niveaux (seconde, première/terminale). Désormais nous accueillons tous les élèves indistinctement, soient 47 élèves le vendredi après-midi de 13 heures à 17 heures répartis sur deux tranches horaires : 13 heures/15 heures et 15 heures/17 heures. L’offre est diversifiée :

  • 4 ateliers d’astronomie (réalisation d’un « Dobson », atelier « radioastronomie », réalisation d’instruments de visée et exobiologie)
  • Un atelier consacré au développement durable qui travaille sur le projet « mon lycée en 2040 » que nous présenterons, si nous sommes retenus, au concours « faites de la science »
  • Un atelier « jeune coop » consacré à la culture de plantes dont les ventes abreuvent financièrement nos projets
  • Un atelier « histoire des sciences »
  • Un atelier « maths en jeans » arrêté faute de participants
  • Un atelier d’éthique médicale
  • Un pôle « communication » qui, entre autres choses, confectionne notre portail qui rendra nos activités accessibles à tous.

Nous sommes 4 enseignants encadrants (Coralie, Pauline, Yves et moi-même) accompagnés d’un astronome (Patrick) et de 3 enseignants intervenant à l’année : Cécile, Renaud et Laurent.

A cela s’ajoute un cours d’initiation à la philosophie le mardi de 10 heures à 11 heures pour les élèves de seconde. Le volume horaire par élève est donc toujours de 5 heures hebdomadaires.

Nous cherchons à inclure dans le dispositif une psychologue et sommes sur le point d’obtenir la présence dans nos locaux d’une graphothérapeute.

L’accompagnement parascolaire des élèves nous semble essentiel. En effet, nous sommes amenés à accueillir de plus en plus d’élèves en difficulté pour des raisons qui peuvent se comprendre. Depuis que nous recrutons hors secteur, nous sommes de plus en plus sollicités par des familles qui considèrent notre dispositif comme un recours ultime à leurs problèmes, relationnels, psychologiques, TDA/H, TSA non pris en charge dans leurs établissements. C’est un point qu’il me semble important de souligner. L’offre étant insuffisante et la demande explosant, nous sommes condamnés à recevoir des élèves en grande difficulté. Le seul remède à cette situation serait de développer les établissements prenant en charge la précocité.

 

Remarques diverses:

Il faut insister sur les points suivants :

  • Information : il est essentiel de favoriser l’identification des élèves à haut potentiel en allant dans les établissements et auprès des familles
  • Formation : pour pérenniser les équipes, il faut une formation continue à la précocité sous la forme de modules annuels et progressifs accompagnés d’un échange d’expériences et mobilisant enseignants et autres : chefs d’établissements, CPE, psychologues de l’EN, spécialistes des TSA… Penser à une plateforme académique, par exemple
  • Multiplier l’offre pour répondre à la demande croissante des familles : 1 élève sur 40 est précoce
  • Des moyens financiers pour développer des projets innovants et motivants pour les élèves et leurs enseignants (nous passons énormément de temps à monter des financements…) et une bonne partie de nos activités relève du « bénévolat »
  • Exporter les méthodes de travail vers les élèves non EHP, en faire bénéficier tous les acteurs de l’éducation.

Une scolarité difficile

J'ai sauté une classe lorsque j'étais en maternelle suite à un ennui en classe et un test de QI qui s'est révélé être assez élevé sans pour autant sortir de la norme. La notion d'enfant précoce m'est restée totalement inconnue jusqu'à ma seconde. Je présentais des facilités dans la plupart des matières ce qui me permettait de fournir un travail moindre tout en gardant une moyenne générale supérieure à celle des autres. Au niveau du social, je n'arrivais pas à m'intégrer, je me sentais à part dans beaucoup de domaines notamment dans les centres d'intérêts.  Pendant tout le collège j'étais rejetée à cause de ma différence et c'est seulement au lycée que j'ai commencé à avoir de vrais amis. Cependant, le lycée ne permet pas de se dispenser de travailler et je n'ai pas réussi à trouver un rythme de travail car je ne l'avais jamais eu. Mes notes ont donc chuté de quelques points mais, poussée par la volonté d'être parfaite, cela m'a beaucoup atteinte et a développé chez moi une angoisse face aux examens. A l'heure actuelle, je ne parviens pas à passer un quelconque examen sans faire une crise d'angoisse.

Lors de cette fameuse année de seconde, je me suis rapprochées de personnes assez toxiques qui allaient très mal et qui m'ont entraînée avec eux dans leur mal-être. Je voulais les aider mais je n'y arrivais pas. Je me sentais doublement nulle : à cause de mes notes et de cette incapacité à aider les gens que j'aime. J'ai commencé à tomber dans une période de noir total où j'ai notamment commencé la mutilation dans le but de punir mon incapacité entêtante.

C'est aussi à ce moment que j'ai découvert le terme de précoce et que j'ai décidé de repasser un test de QI qui m'a définie comme appartenant à cette catégorie. Je ne voulais pas de tout ça, je voulais être normale. J'ai vu cette révélation comme une sorte de mauvais sort, comme une maladie qui me poursuivrait toute ma vie. Je me suis dit que je ne pourrai jamais être normale et acceptée des autres. J'avais honte d'être ce que je suis.

Rien de tout ça ne s'est arrangé avec les années, j'ai eu énormément d'absences aux cours dont 3 semaines assez dures où je ne voulais pas remettre les pieds au lycée, où je n'avais pas la force de me nourrir et d'entretenir une hygiène minimale. Heureusement, j'ai des parents formidables qui m'ont tenu la main et qui ont mis en place un suivi psychiatrique.  J'ai après ça repris les cours et eu une phase de mieux qui m'a redonné espoir.

En début d'année j'ai rechuté très violemment et ai été hospitalisée. A mon retour de l'hôpital ma relation à l'école restait compliquée et je ne pouvais toujours pas passer d'examen ou tenir une semaine de cours complète.

A ce moment là, mes parents ont entendu parler du lycée Boucher de Pertes qui pourrait potentiellement m'accepter en cours d'année avec une classe de personnes comme moi et une équipe éducative habituée aux gens dans mon cas. J'ai donc décidé de faire un banc d'essai d'une semaine. Durant cette semaine je me suis sentie à ma place globalement, j'ai eu quelques moments de solitude car je n'arrivais pas à aller vers les autres mais finalement je vois une petite place se créer pour moi au sein de leur groupe. Je ressens toujours de l'angoisse et de la tristesse, je ne pense pas que ce lycée soit une solution miracle à tous les soucis du monde mais j'espère au moins pouvoir affirmer mon caractère et être fière d'être ce que je suis. Mon autre objectif est de réussir à passer le bac qui arrive en fin d'année.

J'aimais me dire que j'étais un alien, ici je suis un alien parmi les aliens.

Un essai dans le dispositif

J'ai décidé de faire une semaine d'essai dans le lycée d'Abbeville dans une section spéciale adaptée aux EHP.

J'ai deux années d'avance dues à ma précocité. Mon saut de classe quatrième a été difficile car mes professeurs n'entendaient pas le fait que je ne soit pas à l'aise dans ma classe. Cela m'a donné une mauvaise idée des professeurs et l'impression de ne pas être comprise ou entendue.

Le lycée de ma ville est un lycée normal pour avoir un bac général ou technologique.

Au bout d'un mois de cours dans un lycée non adapté je ne me sentais plus à l'aise et à ma place. Mes venues aux cours sont devenus moins régulières et des aménagements sont devenus nécessaires.

Mes parents ont essayé d'être le plus rapide possible mais le système est compliqué et nous ne savions pas comment faire.

A près deux mois d'attentes plus qu'insupportables, j'ai pu signer un accord d'aménagement.

Entre temps nous avions chercher un moyen plus rapide pour que je puisse aller en cours sans soucis. Nous nous sommes donc intéressés à des lycées déjà adaptés pour des EHP.

Très peu de lycées en public avec un internat sont disponible et ceux en privés coûtent excessivement cher. Ma famille n'avait pas les moyens de se permettre un lycée privé nous avons donc contacté les rares lycées publics.

Le plus simple pour nous a été celui d'Abbeville. Lorsque nous les avons contactés ils nous ont proposé une solution rapide.

Pour savoir si le lycée et les aménagements nous plairaient nous venions d'abord une journée (le vendredi) puis une semaine. Nous avions à chaque fois le choix de continuer ou non.

Le principal aménagement est donc le vendredi après midi; différents ateliers nous sont proposés et nous allons dans celui qui nous intéresse le plus.

Le jour d'essai m'a beaucoup intriguée. Tous les niveaux de classe sont mélangés et l’ambiance ressemble légèrement à celle d'une famille. Chaque style de personne peut s'exprimer sans problèmes.

J'ai donc décidé de faire la semaine d'essai proposé. Bien sûr le lycée étant très loin de chez moi, j'ai du aller à l'internat.

Le site du lycée est très grand et je me sentais un peu perdue dans les débuts mais au bout de deux jours j'arrivais plus aisément à me diriger.

Les cours étaient soit en classe entière soit avec seulement les EHP de ma classe. Je trouve que les cours en petit comité et avec seulement les EHP étaient mieux que les autres. L'entente ensemble est là et chacun a une attitude différente dans chaque cours.

L'internat m'a plus posé problème car je ne m'y sentais pas chez moi et  ça restait dans l'ambiance des cours. Pour pouvoir me sentir bien j'ai besoin d'un ambiance plus posée et familiale le soir et le matin.

A la fin de la semaine d'essai j'ai choisi de retourner dans mon ancien lycée pour tester les aménagements qu'on m'a proposé et que j'ai signé juste avant ma semaine d'essai.

Je pense que ce lycée restera dans mes options pour l'année prochaine ou si les aménagements que me propose mon propre lycée ne sont pas suffisants.

Je pense que ce lycée est une solution simple et plutôt rapide si besoin et qu'il faut être à l'aise avec un éventuel internat. Les aménagements peuvent être faits bien plus rapidement que dans mon propre lycée et cela est un grand avantage . Chaque activité est intéressante et donne des choses concrètes avec de nombreux projets et voyages.

X

Publish the Menu module to "offcanvas" position. Here you can publish other modules as well.
Learn More.