Une scolarité difficile

J'ai sauté une classe lorsque j'étais en maternelle suite à un ennui en classe et un test de QI qui s'est révélé être assez élevé sans pour autant sortir de la norme. La notion d'enfant précoce m'est restée totalement inconnue jusqu'à ma seconde. Je présentais des facilités dans la plupart des matières ce qui me permettait de fournir un travail moindre tout en gardant une moyenne générale supérieure à celle des autres. Au niveau du social, je n'arrivais pas à m'intégrer, je me sentais à part dans beaucoup de domaines notamment dans les centres d'intérêts.  Pendant tout le collège j'étais rejetée à cause de ma différence et c'est seulement au lycée que j'ai commencé à avoir de vrais amis. Cependant, le lycée ne permet pas de se dispenser de travailler et je n'ai pas réussi à trouver un rythme de travail car je ne l'avais jamais eu. Mes notes ont donc chuté de quelques points mais, poussée par la volonté d'être parfaite, cela m'a beaucoup atteinte et a développé chez moi une angoisse face aux examens. A l'heure actuelle, je ne parviens pas à passer un quelconque examen sans faire une crise d'angoisse.

Lors de cette fameuse année de seconde, je me suis rapprochées de personnes assez toxiques qui allaient très mal et qui m'ont entraînée avec eux dans leur mal-être. Je voulais les aider mais je n'y arrivais pas. Je me sentais doublement nulle : à cause de mes notes et de cette incapacité à aider les gens que j'aime. J'ai commencé à tomber dans une période de noir total où j'ai notamment commencé la mutilation dans le but de punir mon incapacité entêtante.

C'est aussi à ce moment que j'ai découvert le terme de précoce et que j'ai décidé de repasser un test de QI qui m'a définie comme appartenant à cette catégorie. Je ne voulais pas de tout ça, je voulais être normale. J'ai vu cette révélation comme une sorte de mauvais sort, comme une maladie qui me poursuivrait toute ma vie. Je me suis dit que je ne pourrai jamais être normale et acceptée des autres. J'avais honte d'être ce que je suis.

Rien de tout ça ne s'est arrangé avec les années, j'ai eu énormément d'absences aux cours dont 3 semaines assez dures où je ne voulais pas remettre les pieds au lycée, où je n'avais pas la force de me nourrir et d'entretenir une hygiène minimale. Heureusement, j'ai des parents formidables qui m'ont tenu la main et qui ont mis en place un suivi psychiatrique.  J'ai après ça repris les cours et eu une phase de mieux qui m'a redonné espoir.

En début d'année j'ai rechuté très violemment et ai été hospitalisée. A mon retour de l'hôpital ma relation à l'école restait compliquée et je ne pouvais toujours pas passer d'examen ou tenir une semaine de cours complète.

A ce moment là, mes parents ont entendu parler du lycée Boucher de Pertes qui pourrait potentiellement m'accepter en cours d'année avec une classe de personnes comme moi et une équipe éducative habituée aux gens dans mon cas. J'ai donc décidé de faire un banc d'essai d'une semaine. Durant cette semaine je me suis sentie à ma place globalement, j'ai eu quelques moments de solitude car je n'arrivais pas à aller vers les autres mais finalement je vois une petite place se créer pour moi au sein de leur groupe. Je ressens toujours de l'angoisse et de la tristesse, je ne pense pas que ce lycée soit une solution miracle à tous les soucis du monde mais j'espère au moins pouvoir affirmer mon caractère et être fière d'être ce que je suis. Mon autre objectif est de réussir à passer le bac qui arrive en fin d'année.

J'aimais me dire que j'étais un alien, ici je suis un alien parmi les aliens.


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