• eip.bdp@gmail.com
  • "Fais de ta vie un rêve et d'un rêve une réalité" (Le Petit Prince)

Témoignage 01/12/2020

Je suis élève de seconde en section EIP (enfant intellectuellement précoce) au Lycée Boucher de Perthes. Cette appellation  est un brin trompeuse, cependant c’est comme cela que nous sommes nommés. 

Ici nous sommes mieux qu’ailleurs, c’est certain, découvrant des personnes se posant les mêmes questions. Mieux que chez nous à vivoter, mieux que dans une section psychiatrique où d’autres choses de ce genre. L’entraide est forte et nous partageons les sentiments du moment qu’ils soient joyeux ou tristes.

Pour ma part, c’est une libération. Une libération partielle mais qui enlève le poids de la solitude. 

Mais qu’offre réellement cette section unique ? Le mardi est la meilleure journée de la semaine. Et pour cause ! C’est le jour des ateliers, où nous laissons notre tablier d’écolier pour nous intéresser à différents domaines tels que l'astronomie, l'archéologie, le développement durable, l’éthique médicale. Tant de choses qui permettent d’apprendre dans une ambiance amicale, loin des méthodes scolaires que nous fuyons tant.

Témoignage 08/12/2020

Durant mes années de primaire, je ne parvenais pas à m'intégrer à un groupe, et je passais le plus clair de mon temps dans la salle de classe à lire des livres. De plus, j'avais subi des harcèlements de la part d'élèves plus âgés, ce qui ne facilitait pas mon « ouverture au monde ». 

Une fois au collège, rien ne s'est arrangé, et cela a même empiré. 

J'avais beau avoir quelques personnes avec qui je m'entendais bien, j’étais toujours victime de harcèlement, on me dégradait mes affaires, et la seule réponse que j'ai réussi à

trouver fut la violence... 

Je ne cessais de me faire sanctionner, ce qui n'arrangeait en rien mon envie d'isolement. Durant ces années, je ne voyais pas le moindre intérêt à me faire des amis, tout ce que je

voulais c'est qu'on me laisse tranquille...

Le fait d'arriver au lycée au sein de ce groupe EIP m'a permis de rencontrer des gens qui avaient la même façon de penser que moi, et qui ont potentiellement subi les mêmes problèmes que moi. 

J'ai pu m'épanouir au sein d'un groupe de personnes qui me comprenait, que je comprenais, et avec qui j'ai pu lier une véritable amitié. 

C’était la première fois que je ressentais l'envie d'aller vers les autres, de parler avec eux et de les fréquenter.

Mon témoignage

Je suis arrivé dans le dispositif en 2017. Testé EHP en moyenne section, je n’ai jamais ressenti de décalage avec les autres. Pendant longtemps, j’ai même ignoré les spécificités du diagnostic. J’ai sauté la grande section et, que ce soit en primaire ou au collège, j’ai toujours eu de bons (voire très bons) résultats. Mon « avance » sur les autres n’a jamais provoqué de moqueries et j’ai toujours été entouré d’amis qui ne me jugeaient pas. Il n’y avait aucune différence entre eux et moi. Tout ce que je savais, c’est que je n’avais pas besoin de réviser pour avoir de bonnes notes. Jamais cette « précocité » ne m’ait apparue comme un handicap.
 
En m’inscrivant au lycée, il était demandé sur les papiers d’indiquer si j’étais, ou non, enfant précoce. J’ai donc coché la case sans savoir qu’à la rentrée, je me retrouverais dans une classe de 20 élèves dont 10 avaient, comme moi, passé le test. J’ai eu la chance d’y retrouver un de mes meilleurs amis. Mais très vite, j’ai commencé à ressentir la différence : non pas entre moi et les « non-EHP », mais entre notre classe et les autres. Les élèves avaient tous d’excellents résultats et la majorité d’entre eux n’avaient pas le même parcours. Certains avaient été harcelés, n’avaient pas beaucoup d’amis, étaient en réel décalage avec les autres lycéens. Mais ce n’était pas mon cas. Résultat, je ne me sentais pas spécialement proche des autres. Pourtant, je comprenais l’importance du dispositif pour ceux qui en avaient besoin et c’est aujourd’hui encore le cas. J’ai quand même rencontré des amis au cours de cette première année et les profs se sont toujours beaucoup impliqués. Entre cette première année et maintenant, les ateliers ont eux aussi évolué : au départ, nous nous occupions surtout des plantes au sein de la Jeune Coop et désormais, les élèves peuvent aussi faire de l’astronomie ou mener des projets de développement durable. Pourtant, j’ai rapidement compris que ce dispositif n’étais pas fait pour moi ; ou du moins, pour mon profil.

En première S, je me suis à nouveau retrouvé dans une classe majoritaire EHP. Tous mes amis étaient dans une autre classe et j’ai assez mal vécu cette période. J’avais envie de changer de classe pour les rejoindre, mais mes parents ont refusé, considérant que l’ambiance de travail était idéale avec les EHP pour réussir mes études. Cette année, j’ai décidé de quitter le dispositif. En effet, il a bien changé depuis la seconde. Aujourd’hui, les trois niveaux sont mélangés dans les ateliers le vendredi après-midi. Nous sommes une trentaine d’élèves et à cause du comportement de certains, le règlement a été renforcé. Nous avions plus de libertés en seconde. Aujourd’hui, j’ai du mal avec le fait que les ateliers soient obligatoires. Cependant, d’autres élèves aiment beaucoup les ateliers et ce format, que je n’apprécie pas, est idéal pour d’autres. Je trouve également qu’il y a trop de généralités faites autour des EHP, voire même de notre dispositif. Tout le monde s’imagine que nous sommes « surdoués », méprisants, supérieurs. Je connais pourtant beaucoup d’élèves qui n’ont pas forcément de très bons résultats. Encore aujourd’hui, je me sens à l’aise avec les autres lycéens qui ne font pas partie du dispositif et je trouve au contraire que cette expérience a créé une différence qui n’existait pas originellement.

Encore une fois, je pense que le dispositif est idéal pour les EHP qui ne sont pas épanouis au collège. Mais si vos spécificités ne vous posent pas forcément problème, je pense qu’il est peut-être plus judicieux de continuer une scolarité classique.

Une précocité pesante

J'ai passé le test 4 fois.

Une fois en Grande Section à l'école maternelle, où j'ai été diagnostiqué HPI pour la première fois. Une autre fois en CP, puis en 4ème et une dernière fois en Seconde. Néanmoins, les seuls réels ajustements mis en place vis à vis de ce diagnostique ne m'ont été proposés qu'à la suite du dernier test. C'est à ce moment là que j'ai abandonné mon ancien lycée pour venir dans celui-ci, à cause, bien entendu, du dispositif.

Mais, quelles sont mes pensées sur ce dispositif et, à fortiori, sur le fait que je sois un Élève à Haut Potentiel (EHP) ? Et comment l'ai-je vécu ?

Et bien, j'ai eu une scolarité assez tumultueuse. Lorsque j'étais petit, j'avais de telles facilités que je n'avais besoin ni de travailler, ni d'écrire mes leçons. J'obtenais alors une moyenne générale qui environnait le 16 durant la totalité de mon collège et ai décroché mon Brevet avec mention Très Bien sans fournir le moindre effort. Cela m'a bien été reproché par mes parents qui plaçaient de grands espoirs en moi et qui n'hésitaient pas à me réprimander lorsque je ramenais à la fin de ma journée de cours un 14 ou un 15.

Je n'ai jamais eu d'ambitions. La seule chose que j'ai toujours voulu, c'est vivre en paix.

Mes camarades ne m'acceptaient pas. Justifiez-le comme vous voulez : Incompréhension, jalousie, méchanceté... je n'en ai cure. La seule chose que je sais, c'est qu'ils m'ont rejeté, moqué, pointé du doigt et qu'ils m'ont fait vivre un enfer. S'adapter ou mourir. J'ai donc changé en profondeur ma personnalité afin de devenir plus « cool » et être validé socialement.

Puis vint mon année de Seconde, décisive.

On dit que les personnes HPI sont plus facilement susceptibles de contracter troubles et addictions en tous genres. Cela n'a jamais été plus vrai pour moi. C'est en seconde que j'ai développé les principaux démons qui me tourmentent encore aujourd'hui. J'ai commencé à boire de l'alcool, à consommer du Cannabis et à prendre des drogues dures comme de la Codéïne, du Xanax etc

Cette consommation grandissante de substances va de paire avec le déclin de ma santé mentale (phobie scolaire, blocages psychologiques, dépression...). C'est à ce moment là que l'on a décidé de me faire venir dans ce dispositif avec pour fin de me faire renouer avec le travail et de me faire passer mon baccalauréat.

Mais plusieurs obstacles entravent ma réussite scolaire.

  • Mon blocage vis à vis du travail;
  • Mon attitude vis à vis de l'autorité;
  • Mon manque de motivation;
  • Mon manque de confiance en soi;
  • Mes addictions.

Pour moi, les notes sont des fardeaux, motifs d'angoisse, qui ne font que me prouver à quel point je suis médiocre et que je ne mérite aucunement les nombreux espoirs que l'on place en moi.

Le dispositif tente de m'aider. Grâce à lui, des aménagements sont envisagés et il m'a protégé durant les quelques altercations que j'ai eu avec le lycée.

J'aimerais conclure par ceci : Il n'y a pas de « HPI type ». Chacune des personnes que j'ai côtoyées au sein du dispositif sont uniques et abordent leur précocité de manières différentes. Pour moi, elle n'a été que fardeau. Source de problèmes, de névroses, de décalages et elle est, je crois, la principale raison de mon échec scolaire, paradoxalement. Car si il y a une leçon à retenir de mon histoire, c'est que l'intelligence est une notion variable, fragile et n'est en aucun cas un privilège.

Publish modules to the "offcanvas" position.